18/05/2017

"Première communion": une suite?

Et si l'histoire continuait malgré tout?

Et si la gamine bavarde était devenue une ado vaguement grincheuse, mais qui n'aurait rien perdu de son insolence?

J'imagine que ça pourrait donner quelque chose qui ressemblerait à ça:

"Le premier amour, c'est comme les premières dents. Tu t'en prends plein les gencives et parfois ça fait mal, mais ça donne un beau sourire pour plus tard. Ça te tombe dessus sans faire de bruit. Tu es encore une gamine, avec des nattes et un serre-tête à fleurs. A cause des hormones, tu viens d'hériter d'un lot complet de fesses et de seins qui t'embêtent quand tu danses à la corde. Les hormones, ça rend bizarre. Pivoine et Aspro, ça les fait hurler dehors toute la nuit à chaque printemps, et on dirait des bébés qui pleurent, pas des chats. Toi, tes hormones, elles ont commencé par te donner de la mauvaise humeur matinale et de la cellulite, avant de te donner ton premier amour.

La première fois qu'on s'est parlé, avec Tom, c'est en rentrant au cours de maths. Avant, tu ne lui avais jamais adressé la parole (et rien que de prononcer son nom, ça te donnait des caries, parce que tu détestes les frimeurs). Tom a doublé plusieurs fois, il est plus vieux que nous et à cause de ça il nous regarde de haut. Il fait le malin avec sa moto et ses cigarettes, puis il passe son temps à mettre les filles à ses pieds, surtout les blondes, et surtout la grande Anne qui le reluque avec des yeux comme des assiettes à dessert.

Ce jour-là, Tom te pousse parce qu'il veut entrer avant toi dans la classe. Comme t'as horreur qu'on te bouscule, tu le fusilles de tes yeux noirs (de khôl et de rage) en le traitant de sale crétin. Mais lui, en retour, il te regarde bouche bée, et une lumière pas possible s'allume dans ses yeux (on dirait un extra-terrestre). Il ne pense même pas à te frapper, ou à te traiter de tous les noms. Peut-être que les hormones ont paralysé son cerveau (les garçons aussi ont des hormones. Ça leur donne des poils et des boutons, une voix d'enrhumé et surtout ça leur donne l'âge bête)

Les hormones, quand on y pense, ça nous fait faire n'importe quoi. La mère, elle en prend en pilules, pour sa pré-ménopause. C'est sans doute pour ça qu'elle s'énerve à ce point quand tu lui ramènes un tout petit mauvais bulletin. Et le père, c'est encore pire: ses hormones lui ont donné un sacré démon de midi, au point qu'il a quitté la maison. Depuis qu'ils ne sont plus ensemble, on dirait que les parents regrettent de t'avoir mise au monde. Ils aimeraient recommencer leur vie à zéro (surtout le père, qui voudrait redevenir jeune et sortir en boîte pour draguer avec sa Mazda rouge), mais ta tête leur rappelle sans cesse qu'ils ont déjà quelques chiffres au compteur.

Tu n'as pas demandé à naître, non plus. Quand on n'est pas obligé d'aller à l'école, on s'ennuie dans sa chambre, à faire semblant d'étudier en boulottant des chips au fromage qui puent des pieds comme pas possible. On lit et on relit "La Nausée" en pensant à sa propre nausée (tu as beau être nulle en classe, t'as compris Sartre avec le coeur. Tu pourrais l'appeler Jean-Paul et lui taper dans le dos, tellement tu te sens proche de lui) Parfois, en rentrant du lycée, tu traverses l'avenue Molière les yeux fermés. Les voitures freinent comme des folles et tu te fais engueuler par les conducteurs (un jour, tu tomberas sur un camion, et peut-être que ce sera fait)

Depuis le jour où il t'a poussée en entrant au cours de maths, Tom fait des pieds et des mains pour s'asseoir sur le même banc que toi. (...)"

A suivre...

12/01/2007

Foire du Livre 2007

Un petit message pour ceux et celles qui souhaiteraient une dédicace: c'est avec beaucoup de plaisir que je vous rencontrerai à la Foire du Livre, le samedi 3 mars à 15 heures, sur le stand des éditions Luc Pire/Le Grand Miroir...

Présentation de "Première communion" dans le cadre du Prix des lycéens.

En réponse à de nombreuses questions, voici une petite présentation de ce livre qui n'est pas classique dans sa forme, en ce sens que l'on n'a pas affaire à une histoire comprenant une intrigue et un dénouement. Voici quelques pistes qui, je l'espère, faciliteront votre lecture !

1. L'enfance.

« Première communion » est avant tout une immersion dans l'univers d'une petite fille (même si je me suis quelquefois « tenue derrière elle » avec des mots d'adulte pour éviter l'effet « verbiage ».) Quelquefois, elle nous livre elle-même des anecdotes, quelquefois il s'agit d'une incursion de type quasiment « documentaire » dans ses pensées intimes.L'enfance est le repaire de sensations extrêmes. On voit par exemple l'émerveillement de la petite fille devant la boîte à couture de sa grand-mère, qui lui apparaît comme un vrai petit théâtre d'où les fils multicolores, les craies et le mètre-ruban surgissent comme autant d'acteurs.Puis il y a aussi les peurs insensées de l'enfance. Par exemple, la narratrice cesse de respirer quand elle passe devant le sanatorium, de peur d'attraper la tuberculose. Elle a aussi peur de grandir, elle aimerait savoir comment ça va se passer, est-ce qu'elle va grandir de la tête d'abord, ou des bras, ou alors des jambes ? Est-ce que cela ne risque pas d'être monstrueux, est-ce qu'on va se moquer d'elle à l'école, combien de temps va durer sa nouvelle apparence ?Enfin, il y a la dimension créée par l'imaginaire de l'enfant. Ainsi, elle prête vie aux objets, elle écoute parler la boîte à couture et l'horloge, elle discute avec les fantômes du salon de coiffure vide de sa tante Marie et enfin elle s'invente un amoureux, Serge.En évoquant le regard encore neuf des premières années d'une vie, en évoquant le côté à la fois magique et effrayant de l'enfance, j'ai entrevu la possibilité d'inviter le lecteur à retrouver ses propres sensations d'enfance, celles que l'on efface souvent en grandissant, parce qu'on les trouve dérangeantes, ou qu'elles sont liées à des sentiments de peur insoutenables.Cette optique m'a immédiatement semblée très séduisante, car je ne me souvenais pas avoir lu ou entendu parler d'aucun ouvrage qui proposait vraiment d'emprunter ce chemin.

2. Le choix de la narration.

C'est pour cette raison que je me suis retrouvée face à un choix important dans la manière de mener la narration : soit je me servais du personnage pour créer une histoire, j'entrais dans la création d'une intrigue, et j'obtenais un roman dans le sens classique du terme.Mais n'était-ce pas là une trahison par rapport à cette petite fille que de la forcer à raconter une histoire dans sa suite logique, alors qu'en vérité, une enfant de cet âge a tendance à embrouiller les choses, à sauter du coq à l'âne, et à mélanger l'essentiel et l'accessoire et, surtout, n'a pas encore la capacité de construire son discours, ne fut-ce que dans sa chronologie…La seconde possibilité qu'il me restait était donc celle-là : laisser s'installer ce désordre, cette réalité d'enfant, ne pas intervenir avec ma raison d'adulte, cette raison qui veut que tout soit organisé et géré de manière rationnelle.Cette approche était un peu risquée, et j'en avais pleinement conscience. Mais elle me permettait de conserver intacte la magie de cette enfant, et par là même de cette enfance.Après mûre réflexion, j'ai opté pour cette seconde voie.Ce que je veux ainsi clarifier, c'est que la décision de bousculer les règles du récit classique dans « Première communion » n'est pas un acte gratuit, et encore moins une négligence, mais qu'il correspond bien à un choix délibéré de ma part.Une de mes grandes joies, à la sortie du livre, fut d'ailleurs de constater l'accueil inattendu et parfois enthousiaste qui lui a été réservé dans les milieux des psychologues, où il a fait l'objet d'analyses car, selon certains, on y retrouve exactement le discours, la construction mentale et la logique d'une enfant de l'âge de celle de « Première communion ».En résumé, nombre de gens, en ouvrant un livre, s'attendent à ce qu'on leur raconte une histoire. Or je propose ici de s'ouvrir à un autre type d'expérience, au fait que le livre peut être un espace de liberté incroyable tant pour l'auteur que pour le lecteur, un espace d'expériences nouvelles, une manière différente de s'enrichir.Et c'est de cette manière toute simple que je vous invite à aborder « Première communion »…

3. Les thèmes principaux de "Première communion".

Le fait qu'il n'y ait pas d'action ou d'intrigue à proprement parler dans ce récit ne signifie pas qu'il ne s'y passe rien ! Ce qui s'y déroule procède d'une transformation du paysage intérieur du personnage.Les parents de la petite fille sont des gens qui, comme beaucoup, ont été blessés dans leur propre enfance, chacun au travers de son histoire personnelle. Ils ont tous deux souffert de la guerre et de ses horreurs, et, involontairement, comme c'est souvent le cas, ils transmettent leurs blessures à l'enfant. C'est ainsi que s'installe le thème de la transgénéalogie (ce que la petite fille appelle « son hérédité »), c'est à dire le paquet de croyances, de freins, de schémas répétitifs que nous transmettent nos parents, nos ancêtres.Bien sûr, les personnages de « Première communion » ne souffrent pas de pathologies graves : le père est un joyeux farceur, qui aime apprendre des chansons cochonnes et des grimaces à la petite, et pincer les fesses des copines dans les soirées entre amis. Mais parfois il boit un verre de trop, et parfois aussi il se fâche trop fort, des étincelles sombres apparaissent dans ses yeux, et des désirs de vengeance refont surface (vengeance par rapport à son enfance à lui, qui n'était pas harmonieuse, mais vengeance dont la gamine fera souvent les frais.)La mère quant à elle court derrière un idéal de minceur inaccessible, elle enchaîne des régimes alimentaires plus compliqués les uns que les autres, et qui échouent tous, car manger la rassure, manger comble le vide qu'elle a en elle et fait taire sa peur.Et puis il y a la grand-mère qui court derrière les microbes pour les exterminer avec de l'eau de Javel, et qui est sans doute devenue concierge d'un immeuble par amour du nettoyage compulsif.Tous sont vus par les yeux de l'enfant avec amour et humour, pourtant il est clair qu'au bout d'un moment sa colère monte (elle a envie de tuer sa famille). Elle trouve de plus en plus pesante cette « hérédité » qui se pose sur ses épaules comme une chape de plomb, et, de plus en plus, endosser le poids des ancêtres la fait vaciller. C'est alors qu'elle cherche à s'agripper à quelqu'un, à quelque chose. N'ayant pas autour d'elle de référent adulte positif, elle va tout simplement, en désespoir de cause, s'adresser à Dieu et l'appeler à son secours.Et Dieu s'invite dans les rêves de l'enfant, lui offrant une occasion de se relier à quelqu'un, d'avoir, dans le sens littéral du terme, une religion.

4. Première communion...

Et la voilà donc, cette « Première communion » que le titre nous promet !Il n'y aura pas de première communion officielle, vu l'athéisme des parents, qui interdisent à l'enfant de suivre le cours de religion.`Mais il y aura une première communion intime, vécue dans le seul secret de son cœur. Elle reçoit alors en une seule fois tout l'amour qu'il lui faut pour pouvoir laisser tomber sa colère par rapport à sa famille, et pour commencer à essayer de comprendre chacun, et de voir chacun avec les yeux du cœur. Elle fait l'expérience de la compassion, elle grandit. C'est cela, sa première communion : grandir de l'âme avant de grandir des pieds !

5. En quelques mots...

Pour résumer, en quelques mots, les thèmes de « Première communion » sont (entre autre) :-l'enfance/-la transgénéalogie (les blessures parentales dont on hérite)/-la compassion et le pardon (comment pardonner, et aussi : où et comment trouver laforce de conserver sa joie de vivre ?)/Bonne lecture ! Julie Guerlan

23/11/2006

Ouverture du Prix des Lycéens

Un grand merci à tous ceux qui étaient présents, les professeurs de français ainsi que les délégués declasse (qui venaient parfois de loin!).Merci pour votre présence, pour votre participation,pour la pertinence des questions posées aux auteurs,et surtout pour votre enthousiasme, et pour lesmagnifiques échanges que j'ai eu la chance d'avoiravec certains d'entre vous...Enfin, chapeau aux organisatrices qui ont fait là un sacré boulot!/Julie.

25/10/2006

LES MEILLEURES VENTES chez Luc Pire (25/10/06)

VENTES

05/08/2006

"PREMIERE COMMUNION" SELECTIONNE POUR LE PRIX DES LYCEENS 2006-2007

Le prix des lycéens est organisé tous les deux ans par la cellule "Enseignement et culture" du Ministère de la Communauté française Wallonie-Bruxelles.Il s'agit, pour les classes participantes, de décerner le prix du meilleur roman parmi six ouvrages ...SELECTION DU PRIX DES LYCEENS 2006 - 2007 * Julie Guerlan, Première communion, Le Grand Miroir. * Armel Job, Les fausses innocences, Robert Laffont. * Françoise Pirart, La Nuit de Sala, Arléa. * Grégoire Polet, Excusez les fautes du copiste, Gallimard. * Marie-Eve Sténuit, Les frères Y, Le Castor Astral. * Bernard Tirtiaux, Pitié pour le mal, J-C Lattès.

18/07/2006

Ce qu'en dit Panthotal dans "Pan" (12-7-06)

UN SACRE LIVRE ! /Julie Guerlan fait en ce moment sa Première communion avec le public aux éditions du Grand Miroir à Bruxelles. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce roman singulier touche par la grâce de son style et par la fraîcheur de son ton juvénile où le malheur quotidien se dissout dans les bonheurs d’écriture. Une petite fille de six ou sept ans raconte sa vie dans une famille de chez nous au début des années septante. Avec la sagesse que lui confère son âge, celui de la raison, elle fait face à un père nourricier, Richard, qui l’appelle « mon frère », et à une mère pécheresse, répliques de leurs ascendants, en se posant, entre les gâteaux au chocolat, les crèmes à la vanille et une grand-mère revêche, des questions existentielles : si Dieu existait, croirait-il en elle ? Et pourquoi maman, qui ne croit pas en Dieu, l’invente-t-elle quand elle cherche une place de parking ? La narratrice a l’œil aiguisé : « Aux fêtes entre copains, maman sourit de ce sourire qui ne tient pas bien sur ses lèvres parce que ce n’est pas le sien. » Aucun pathos pour dire le drame, car les mots sont illusoires : « savoir le nom des océans n’a jamais empêché personne de se noyer. » Un sacré livre, dans lequel le verbe haut se fait chair tendre pour mieux dévoiler les lourds secrets d’une condition humaine, trop humaine, où chacun recherche son père véritable… Panthotal