12/01/2007

3. Les thèmes principaux de "Première communion".

Le fait qu'il n'y ait pas d'action ou d'intrigue à proprement parler dans ce récit ne signifie pas qu'il ne s'y passe rien ! Ce qui s'y déroule procède d'une transformation du paysage intérieur du personnage.Les parents de la petite fille sont des gens qui, comme beaucoup, ont été blessés dans leur propre enfance, chacun au travers de son histoire personnelle. Ils ont tous deux souffert de la guerre et de ses horreurs, et, involontairement, comme c'est souvent le cas, ils transmettent leurs blessures à l'enfant. C'est ainsi que s'installe le thème de la transgénéalogie (ce que la petite fille appelle « son hérédité »), c'est à dire le paquet de croyances, de freins, de schémas répétitifs que nous transmettent nos parents, nos ancêtres.Bien sûr, les personnages de « Première communion » ne souffrent pas de pathologies graves : le père est un joyeux farceur, qui aime apprendre des chansons cochonnes et des grimaces à la petite, et pincer les fesses des copines dans les soirées entre amis. Mais parfois il boit un verre de trop, et parfois aussi il se fâche trop fort, des étincelles sombres apparaissent dans ses yeux, et des désirs de vengeance refont surface (vengeance par rapport à son enfance à lui, qui n'était pas harmonieuse, mais vengeance dont la gamine fera souvent les frais.)La mère quant à elle court derrière un idéal de minceur inaccessible, elle enchaîne des régimes alimentaires plus compliqués les uns que les autres, et qui échouent tous, car manger la rassure, manger comble le vide qu'elle a en elle et fait taire sa peur.Et puis il y a la grand-mère qui court derrière les microbes pour les exterminer avec de l'eau de Javel, et qui est sans doute devenue concierge d'un immeuble par amour du nettoyage compulsif.Tous sont vus par les yeux de l'enfant avec amour et humour, pourtant il est clair qu'au bout d'un moment sa colère monte (elle a envie de tuer sa famille). Elle trouve de plus en plus pesante cette « hérédité » qui se pose sur ses épaules comme une chape de plomb, et, de plus en plus, endosser le poids des ancêtres la fait vaciller. C'est alors qu'elle cherche à s'agripper à quelqu'un, à quelque chose. N'ayant pas autour d'elle de référent adulte positif, elle va tout simplement, en désespoir de cause, s'adresser à Dieu et l'appeler à son secours.Et Dieu s'invite dans les rêves de l'enfant, lui offrant une occasion de se relier à quelqu'un, d'avoir, dans le sens littéral du terme, une religion.

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