24/05/2006

Ce qu'en dit Anne-Françoise de BEAUDRAP dans "Dimanche Express" (7 mai 2006)

"Dans les allées de la Foire du Livre ou dans certaines lectures publiques, il n'est pas rare d'entendre le nom de Julie Guerlan, auteur, chez Luc Pire, de "Première communion". Une invitation à voir le monde des grands avec les yeux curieux d'une petite fille."Ce matin, les Flamands ont oublié de fermer l'église après la messe. L'église est froide et elle sent bon. Elle sent un parfum délicieux que je n'ai jamais senti avant. Je crois que c'est Dieu qui sent comme ça. Dieu sent froid parce qu'Il est très haut dans le ciel et qu'il ne fait pas très chaud, là-haut. C'est pour ça que les Flamands mettent autant de bougies, pour Le réchauffer et Lui dire nous sommes là et nous veillons sur Toi, notre Dieu du Ciel". Qui ne se reconnaît pas dans ces impressions d'enfant quand il découvre l'intérieur d'une église? Qui n'est pas touché par la puissance des mots d'une petite fille qui devine intuitivement un sens à nos gestes d'adultes?Cette cène, comme autant d'autres aussi belles, se trouve au coeur de "Première communion", le roman de Julie Guerlan. L'auteur a plongé dans ses souvenirs d'enfance pour raconter les jeunes années d'une fille entourée d'une petite soeur, d'un papa, d'une maman et d'une grand-mère, dans le contexte des années 1968. Cette famille habite à proximité des Flamands, ce qui n'est pas une mince affaire pour le papa originaire de France et à peine accepté en Belgique. La narratrice raconte les aventures de chacun: la grand-mère concierge d'un immeuble, la maman adepte de Freud ("l'oncle Sigmund"), le papa qui reprend des études pour gravir l'échelle sociale, la petite soeur jalouse de tout ce qu'a son aînée et surtout l'héroïne qui essaie de décoder le monde des grands. Non seulement il n'est pas facile de trouver sa place dans la famille où elle n'a pas été désirée, mais cette petite fille déborde d'imagination, ce que ses parents ne supportent pas davantage. Alors quand elle commence à parler de Dieu...! Elle questionne d'abord Tante marie, une femme très pieuse qui prie pour les prisonniers. Puis, comme on l'a vu plus haut, elle entre par hasard dans une église. Progressivement, jusqu'à la fin du livre, elle se prépare à une rencontre intime avec Dieu.L'auteur Julie Guerlan confie qu'elle s'est beaucoup inspirée de ses souvenirs personnels, notamment de sa propre quête spirituelle, qui l'a poussée à lire Jean de la Croix. A travers ce premier roman et sans doute ceux qui vont suivre, elle veut transmettre un message: "Chacun peut trouver sa lumière intérieure. J'essaie de raconter comment, par la volonté, transformer la pierre en or." Faire passer ce message avec des mots d'enfant a porté ses fruits: de nombreux lecteurs l'ont félicitée pour leur avoir rappelé leurs propres souvenirs.L'auteur mesure aujourd'hui avec satisfaction le chemin parcouru: elle travaillait jusqu'à récemment comme scénariste, ce qui implique "d'avoir un tiroir-caisse dans la tête". "N'importe quelle phrase que l'on écrit est aussitôt chiffrée en fonction du coût de réalisation! Cela ne laisse pas beaucoup de liberté. " Avec courage, elle s'est lancée dans l'aventure romanesque pour aller jusqu'au bout de ses idées. "La Fureur de Lire" (par le biais d'un concours de nouvelles) puis les éditions Luc Pire ont été convaincues. Heureusement pour Julie Guerlan, et aussi pour les lecteurs! L'auteur travaille maintenant à son prochain roman, dont on ne saura rien. Il ne faut toutefois pas s'attendre à une suite de "Première communion"."

Les commentaires sont fermés.