23/04/2006

Première Communion (nouvelle)

1.Il a une longue robe mauve avec un petit chapeau rond comique. Il a des mains infiniment douces et des gants blancs comme de la neige. Mais il n’a pas de visage. Pas de bouche, pas de cheveux et pas d’oreilles. Pourtant, quand je monte sur ses genoux, il me parle, de sa voix grave et rassurante. Il me voit parfaitement et il m’entend très bien. Il devrait me faire peur, mais rien ne m’effraie dans ce vide serein entre le col de sa robe et le chapeau violet.Il connaît tout sur moi, et aussi sur papa et maman. Il sait que papa trompe maman, et que le chat Gaston n’aura jamais de petits, parce que c’est un mâle.Quand il parle il me dit tout.Et, quand il a fini de parler, il ajoute toujours, tout à la fin : -"Tu n’oublieras rien."Quand je me réveille, c’est le matin clair dans ma chambre. Il me conduit toujours jusqu’au matin clair. Jamais il ne m’a laissée au milieu de la nuit pleine de loups.Pourtant, chaque fois que je me réveille, j’ai oublié tout ce qu’il a dit. Ses paroles restent nichées comme des fruits de mer dans un coin sombre de ma tête, fermées comme des coquillages entre mes deux oreilles. C’est mon cœur qui bondit tout seul dans ma poitrine encore somnolente, mon cœur qui fait le poirier, la culbute, le double saut périlleux. Et mon cœur fou de joie claironne à tue-tête et en grand secret mon bonheur inouï : j’ai rêvé de Dieu.

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