23/04/2006

 

8. C’est la veille du jour des communions que le drame éclate : le chapelet en plastique blanc et le buvard rose avec la prière ont disparu. Je suis bègue, cul-de-jatte, aveugle et sourde. Je ne peux plus prier. Je touche ma solitude, je la déteste, je me prends en patience, je m’impatiente.A mes cris nul ne répond. Papa a une tête de loup et maman une figure de renard. Ils disent tous les deux que personne n’a touché à mes affaires, que je n’ai qu’à mieux ranger ma chambre. Innocence de loup et honnêteté de renard, je les renifle en louchant. Pour ce qui est de la grand-mère, un œil de patate s’est définitivement logé dans son cerveau : hier, en l’aidant à sortir les poubelles dans la cour, j’ai été assaillie par une vague de coccinelles qui mangeaient des pelures de pomme sur le tas d’immondices. Par dizaines, les bêtes à bon Dieu sont venues embrasser mon visage, mes cheveux, mes bras et mes jambes. Comme j’étais saisie par leur profusion et par l’odeur forte qu’elles dégageaient toutes ensemble, la grand-mère a dit, en riant grassement, que mon bon Dieu ne devait pas se laver très souvent pour sentir comme ça.C’est pour ça que je ne lui parle plus.Et en pensée je leur dit à tous : que le vent emporte votre toit et qu’il pleuve sur vos têtes, que la foudre vous brûle les yeux et que le tonnerre vous crève les tympans. A cause de vous, je ne rencontrerai pas Dieu. Jamais.A cause de vous j’ai perdu la prière qui est la clef de Sa maison, et je mourrai de froid sans qu’il le sache, car il ne sait même pas à quoi je ressemble. Et comment peut-Il se souvenir que quelqu’un qu’il ne connaît même pas existe ?Pourtant, malgré ma tristesse et ma colère, une petite flamme joyeuse brûle en secret dans mon cœur. Parce que c’est sur moi que les coccinelles se sont posées, et que ma petite âme frétillante y voit un signe invisible à l’œil nu.

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