23/04/2006

 

7. La grand-mère a fait un dîner chaud ce soir-là. C’est en mastiquant la viande que quelque chose de très dur vient soudain heurter ma dent. Saisie, je recrache tout dans mon assiette.C’est un plomb. La chair que j’ai gardée en bouche prend aussitôt la saveur douce-amère du chagrin. Si tendre dans ma bouche, la chair de Champion XII. Dans ma bouche qui a tant prié pour lui.Je ne sais qui haïr le plus : l’oncle Robert, avec sa triste manie des crimes passionnels, ou ma sournoise grand-mère, qui m’a rôti mon divin messager avec des pommes au four.Dans ma famille, personne ne m’a jamais parlé de la charité chrétienne, et encore moins du pardon. Et c’est sans une ombre de culpabilité que j’envoie par dessous la table un énorme coup de pied dans les varices de la grand-mère. Qui ne l’a vraiment pas volé.

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