28/11/2005

REVUE DE PRESSE : ce qu'en dit Daniel CHARNEUX (gensheureux.com)

L’AVIS DE Daniel CHARNEUX (www.gensheureux.com)(...)Du beau travail, vraiment. Le lecteur est happé par le livre et voyage de trouvaille en trouvaille, d'émotion en amusement, de pétillements d'yeux à serrements de coeur. Un roman? Oui, bien sûr, pourquoi pas. Mais d'abord un livre. Un vrai livre. Un témoignage ancré dans le réel et qui décolle du réel. Une tranche de vie exprimée dans un style. Julie Guerlan n'est pas de ces gens qui ont des choses à dire mais n'ont pas d'écriture, ni de ces artistes au beau style mais à l'imagination indigente. Elle raconte, et elle écrit, tout le temps. Et ça donne un vrai livre.Bien sûr, le récit a des côtés "Amélie Poulain", et l'on craint un moment que Julie Guerlan cède à la vague du joli à la Jeunet, avec la grand-mère concierge en tablier bleu, papa, maman, la petite soeur et le poisson rouge Boule d'Or. Et, bien sûr, la narratrice, petite fille merveilleuse qui rêve d'un mariage en blanc. Et puis non, Julie réussit à être elle-même, reconnaissable déjà, rien qu'en un livre, à cet amour de l'enluminure, du texte bref et ciselé, à la chute virevoltante, qui s'enchaîne aux suivants presque sans transition, en un chapelet de trouvailles où le jeu sur les mots est toujours au service du travail sur le fond.Sur la grand-mère concierge dont le tablier bleu semble toujours dire "j'arrive" : "Le tablier bleu j'arrive a la couleur triste de cette forme de mensonge qu'est la promesse jamais tenue. Il a l'usure d'une joie si longtemps attendue qu'elle nous arrive délavée, reprisée et délestée pour finir de toute la saveur du bonheur."Sur le papa joyeux, fou, violent, torturé : "Avec ses cils noirs et épais, papa a les yeux très doux d'un chien perdu qui aime le sucre."Sur la maman qui « fait son possible » : "Tu te trompes de tram comme tu te trompes de vie. Tu t'es trompée de mari et ton mari te trompe."L'enfant, là-dedans? Née par accident, il paraît. "(Un accident, c'est quand on roule en voiture et qu'on ne regarde pas devant soi sur l'autoroute. Alors on fonce dans une autre voiture, et il y a du sang et des blessés.)Papa dit que je suis vraiment mal tombée, parce que maman voulait un garçon, et que j'ai tout fichu par terre une deuxième fois en arrivant. Il dit que maman avait déjà trouvé un nom pour ce garçon : elle l'aurait appelé Oswald. Je suis bien plus qu'un accident. Je suis un sinistre total."Et l'enfant sinistré se débrouille, entre joie et souffrance, entre départ en vacances genre "guerre des boutons" et anniversaire gâché façon "Poil de Carotte". Et la petite fille hypersensible s'invente une mariée en voile blanc, un ami fidèle, un Dieu...Au fond, elle n'en veut pas vraiment à ses parents, qui la font souffrir, parfois, comme ils ont souffert : "j'étreins cette main qui m'a donné les coups qu'elle a reçus, parce qu'elle ne savait pas quoi en faire."La petite boule dans la gorge et la formule qui fait mouche, à chaque page ou presque. La petite fille qui n'a pas fait sa première communion a fait un beau premier roman. De quoi la consoler, sans doute..."

Les commentaires sont fermés.