18/05/2017

"Première communion": une suite?

Et si l'histoire continuait malgré tout?

Et si la gamine bavarde était devenue une ado vaguement grincheuse, mais qui n'aurait rien perdu de son insolence?

J'imagine que ça pourrait donner quelque chose qui ressemblerait à ça:

"Le premier amour, c'est comme les premières dents. Tu t'en prends plein les gencives et parfois ça fait mal, mais ça donne un beau sourire pour plus tard. Ça te tombe dessus sans faire de bruit. Tu es encore une gamine, avec des nattes et un serre-tête à fleurs. A cause des hormones, tu viens d'hériter d'un lot complet de fesses et de seins qui t'embêtent quand tu danses à la corde. Les hormones, ça rend bizarre. Pivoine et Aspro, ça les fait hurler dehors toute la nuit à chaque printemps, et on dirait des bébés qui pleurent, pas des chats. Toi, tes hormones, elles ont commencé par te donner de la mauvaise humeur matinale et de la cellulite, avant de te donner ton premier amour.

La première fois qu'on s'est parlé, avec Tom, c'est en rentrant au cours de maths. Avant, tu ne lui avais jamais adressé la parole (et rien que de prononcer son nom, ça te donnait des caries, parce que tu détestes les frimeurs). Tom a doublé plusieurs fois, il est plus vieux que nous et à cause de ça il nous regarde de haut. Il fait le malin avec sa moto et ses cigarettes, puis il passe son temps à mettre les filles à ses pieds, surtout les blondes, et surtout la grande Anne qui le reluque avec des yeux comme des assiettes à dessert.

Ce jour-là, Tom te pousse parce qu'il veut entrer avant toi dans la classe. Comme t'as horreur qu'on te bouscule, tu le fusilles de tes yeux noirs (de khôl et de rage) en le traitant de sale crétin. Mais lui, en retour, il te regarde bouche bée, et une lumière pas possible s'allume dans ses yeux (on dirait un extra-terrestre). Il ne pense même pas à te frapper, ou à te traiter de tous les noms. Peut-être que les hormones ont paralysé son cerveau (les garçons aussi ont des hormones. Ça leur donne des poils et des boutons, une voix d'enrhumé et surtout ça leur donne l'âge bête)

Les hormones, quand on y pense, ça nous fait faire n'importe quoi. La mère, elle en prend en pilules, pour sa pré-ménopause. C'est sans doute pour ça qu'elle s'énerve à ce point quand tu lui ramènes un tout petit mauvais bulletin. Et le père, c'est encore pire: ses hormones lui ont donné un sacré démon de midi, au point qu'il a quitté la maison. Depuis qu'ils ne sont plus ensemble, on dirait que les parents regrettent de t'avoir mise au monde. Ils aimeraient recommencer leur vie à zéro (surtout le père, qui voudrait redevenir jeune et sortir en boîte pour draguer avec sa Mazda rouge), mais ta tête leur rappelle sans cesse qu'ils ont déjà quelques chiffres au compteur.

Tu n'as pas demandé à naître, non plus. Quand on n'est pas obligé d'aller à l'école, on s'ennuie dans sa chambre, à faire semblant d'étudier en boulottant des chips au fromage qui puent des pieds comme pas possible. On lit et on relit "La Nausée" en pensant à sa propre nausée (tu as beau être nulle en classe, t'as compris Sartre avec le coeur. Tu pourrais l'appeler Jean-Paul et lui taper dans le dos, tellement tu te sens proche de lui) Parfois, en rentrant du lycée, tu traverses l'avenue Molière les yeux fermés. Les voitures freinent comme des folles et tu te fais engueuler par les conducteurs (un jour, tu tomberas sur un camion, et peut-être que ce sera fait)

Depuis le jour où il t'a poussée en entrant au cours de maths, Tom fait des pieds et des mains pour s'asseoir sur le même banc que toi. (...)"

A suivre...

12/01/2007

Foire du Livre 2007

Un petit message pour ceux et celles qui souhaiteraient une dédicace: c'est avec beaucoup de plaisir que je vous rencontrerai à la Foire du Livre, le samedi 3 mars à 15 heures, sur le stand des éditions Luc Pire/Le Grand Miroir...

Présentation de "Première communion" dans le cadre du Prix des lycéens.

En réponse à de nombreuses questions, voici une petite présentation de ce livre qui n'est pas classique dans sa forme, en ce sens que l'on n'a pas affaire à une histoire comprenant une intrigue et un dénouement. Voici quelques pistes qui, je l'espère, faciliteront votre lecture !

1. L'enfance.

« Première communion » est avant tout une immersion dans l'univers d'une petite fille (même si je me suis quelquefois « tenue derrière elle » avec des mots d'adulte pour éviter l'effet « verbiage ».) Quelquefois, elle nous livre elle-même des anecdotes, quelquefois il s'agit d'une incursion de type quasiment « documentaire » dans ses pensées intimes.L'enfance est le repaire de sensations extrêmes. On voit par exemple l'émerveillement de la petite fille devant la boîte à couture de sa grand-mère, qui lui apparaît comme un vrai petit théâtre d'où les fils multicolores, les craies et le mètre-ruban surgissent comme autant d'acteurs.Puis il y a aussi les peurs insensées de l'enfance. Par exemple, la narratrice cesse de respirer quand elle passe devant le sanatorium, de peur d'attraper la tuberculose. Elle a aussi peur de grandir, elle aimerait savoir comment ça va se passer, est-ce qu'elle va grandir de la tête d'abord, ou des bras, ou alors des jambes ? Est-ce que cela ne risque pas d'être monstrueux, est-ce qu'on va se moquer d'elle à l'école, combien de temps va durer sa nouvelle apparence ?Enfin, il y a la dimension créée par l'imaginaire de l'enfant. Ainsi, elle prête vie aux objets, elle écoute parler la boîte à couture et l'horloge, elle discute avec les fantômes du salon de coiffure vide de sa tante Marie et enfin elle s'invente un amoureux, Serge.En évoquant le regard encore neuf des premières années d'une vie, en évoquant le côté à la fois magique et effrayant de l'enfance, j'ai entrevu la possibilité d'inviter le lecteur à retrouver ses propres sensations d'enfance, celles que l'on efface souvent en grandissant, parce qu'on les trouve dérangeantes, ou qu'elles sont liées à des sentiments de peur insoutenables.Cette optique m'a immédiatement semblée très séduisante, car je ne me souvenais pas avoir lu ou entendu parler d'aucun ouvrage qui proposait vraiment d'emprunter ce chemin.

2. Le choix de la narration.

C'est pour cette raison que je me suis retrouvée face à un choix important dans la manière de mener la narration : soit je me servais du personnage pour créer une histoire, j'entrais dans la création d'une intrigue, et j'obtenais un roman dans le sens classique du terme.Mais n'était-ce pas là une trahison par rapport à cette petite fille que de la forcer à raconter une histoire dans sa suite logique, alors qu'en vérité, une enfant de cet âge a tendance à embrouiller les choses, à sauter du coq à l'âne, et à mélanger l'essentiel et l'accessoire et, surtout, n'a pas encore la capacité de construire son discours, ne fut-ce que dans sa chronologie…La seconde possibilité qu'il me restait était donc celle-là : laisser s'installer ce désordre, cette réalité d'enfant, ne pas intervenir avec ma raison d'adulte, cette raison qui veut que tout soit organisé et géré de manière rationnelle.Cette approche était un peu risquée, et j'en avais pleinement conscience. Mais elle me permettait de conserver intacte la magie de cette enfant, et par là même de cette enfance.Après mûre réflexion, j'ai opté pour cette seconde voie.Ce que je veux ainsi clarifier, c'est que la décision de bousculer les règles du récit classique dans « Première communion » n'est pas un acte gratuit, et encore moins une négligence, mais qu'il correspond bien à un choix délibéré de ma part.Une de mes grandes joies, à la sortie du livre, fut d'ailleurs de constater l'accueil inattendu et parfois enthousiaste qui lui a été réservé dans les milieux des psychologues, où il a fait l'objet d'analyses car, selon certains, on y retrouve exactement le discours, la construction mentale et la logique d'une enfant de l'âge de celle de « Première communion ».En résumé, nombre de gens, en ouvrant un livre, s'attendent à ce qu'on leur raconte une histoire. Or je propose ici de s'ouvrir à un autre type d'expérience, au fait que le livre peut être un espace de liberté incroyable tant pour l'auteur que pour le lecteur, un espace d'expériences nouvelles, une manière différente de s'enrichir.Et c'est de cette manière toute simple que je vous invite à aborder « Première communion »…

3. Les thèmes principaux de "Première communion".

Le fait qu'il n'y ait pas d'action ou d'intrigue à proprement parler dans ce récit ne signifie pas qu'il ne s'y passe rien ! Ce qui s'y déroule procède d'une transformation du paysage intérieur du personnage.Les parents de la petite fille sont des gens qui, comme beaucoup, ont été blessés dans leur propre enfance, chacun au travers de son histoire personnelle. Ils ont tous deux souffert de la guerre et de ses horreurs, et, involontairement, comme c'est souvent le cas, ils transmettent leurs blessures à l'enfant. C'est ainsi que s'installe le thème de la transgénéalogie (ce que la petite fille appelle « son hérédité »), c'est à dire le paquet de croyances, de freins, de schémas répétitifs que nous transmettent nos parents, nos ancêtres.Bien sûr, les personnages de « Première communion » ne souffrent pas de pathologies graves : le père est un joyeux farceur, qui aime apprendre des chansons cochonnes et des grimaces à la petite, et pincer les fesses des copines dans les soirées entre amis. Mais parfois il boit un verre de trop, et parfois aussi il se fâche trop fort, des étincelles sombres apparaissent dans ses yeux, et des désirs de vengeance refont surface (vengeance par rapport à son enfance à lui, qui n'était pas harmonieuse, mais vengeance dont la gamine fera souvent les frais.)La mère quant à elle court derrière un idéal de minceur inaccessible, elle enchaîne des régimes alimentaires plus compliqués les uns que les autres, et qui échouent tous, car manger la rassure, manger comble le vide qu'elle a en elle et fait taire sa peur.Et puis il y a la grand-mère qui court derrière les microbes pour les exterminer avec de l'eau de Javel, et qui est sans doute devenue concierge d'un immeuble par amour du nettoyage compulsif.Tous sont vus par les yeux de l'enfant avec amour et humour, pourtant il est clair qu'au bout d'un moment sa colère monte (elle a envie de tuer sa famille). Elle trouve de plus en plus pesante cette « hérédité » qui se pose sur ses épaules comme une chape de plomb, et, de plus en plus, endosser le poids des ancêtres la fait vaciller. C'est alors qu'elle cherche à s'agripper à quelqu'un, à quelque chose. N'ayant pas autour d'elle de référent adulte positif, elle va tout simplement, en désespoir de cause, s'adresser à Dieu et l'appeler à son secours.Et Dieu s'invite dans les rêves de l'enfant, lui offrant une occasion de se relier à quelqu'un, d'avoir, dans le sens littéral du terme, une religion.

4. Première communion...

Et la voilà donc, cette « Première communion » que le titre nous promet !Il n'y aura pas de première communion officielle, vu l'athéisme des parents, qui interdisent à l'enfant de suivre le cours de religion.`Mais il y aura une première communion intime, vécue dans le seul secret de son cœur. Elle reçoit alors en une seule fois tout l'amour qu'il lui faut pour pouvoir laisser tomber sa colère par rapport à sa famille, et pour commencer à essayer de comprendre chacun, et de voir chacun avec les yeux du cœur. Elle fait l'expérience de la compassion, elle grandit. C'est cela, sa première communion : grandir de l'âme avant de grandir des pieds !

5. En quelques mots...

Pour résumer, en quelques mots, les thèmes de « Première communion » sont (entre autre) :-l'enfance/-la transgénéalogie (les blessures parentales dont on hérite)/-la compassion et le pardon (comment pardonner, et aussi : où et comment trouver laforce de conserver sa joie de vivre ?)/Bonne lecture ! Julie Guerlan

23/11/2006

Ouverture du Prix des Lycéens

Un grand merci à tous ceux qui étaient présents, les professeurs de français ainsi que les délégués declasse (qui venaient parfois de loin!).Merci pour votre présence, pour votre participation,pour la pertinence des questions posées aux auteurs,et surtout pour votre enthousiasme, et pour lesmagnifiques échanges que j'ai eu la chance d'avoiravec certains d'entre vous...Enfin, chapeau aux organisatrices qui ont fait là un sacré boulot!/Julie.

25/10/2006

LES MEILLEURES VENTES chez Luc Pire (25/10/06)

VENTES

05/08/2006

"PREMIERE COMMUNION" SELECTIONNE POUR LE PRIX DES LYCEENS 2006-2007

Le prix des lycéens est organisé tous les deux ans par la cellule "Enseignement et culture" du Ministère de la Communauté française Wallonie-Bruxelles.Il s'agit, pour les classes participantes, de décerner le prix du meilleur roman parmi six ouvrages ...SELECTION DU PRIX DES LYCEENS 2006 - 2007 * Julie Guerlan, Première communion, Le Grand Miroir. * Armel Job, Les fausses innocences, Robert Laffont. * Françoise Pirart, La Nuit de Sala, Arléa. * Grégoire Polet, Excusez les fautes du copiste, Gallimard. * Marie-Eve Sténuit, Les frères Y, Le Castor Astral. * Bernard Tirtiaux, Pitié pour le mal, J-C Lattès.

18/07/2006

Ce qu'en dit Panthotal dans "Pan" (12-7-06)

UN SACRE LIVRE ! /Julie Guerlan fait en ce moment sa Première communion avec le public aux éditions du Grand Miroir à Bruxelles. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce roman singulier touche par la grâce de son style et par la fraîcheur de son ton juvénile où le malheur quotidien se dissout dans les bonheurs d’écriture. Une petite fille de six ou sept ans raconte sa vie dans une famille de chez nous au début des années septante. Avec la sagesse que lui confère son âge, celui de la raison, elle fait face à un père nourricier, Richard, qui l’appelle « mon frère », et à une mère pécheresse, répliques de leurs ascendants, en se posant, entre les gâteaux au chocolat, les crèmes à la vanille et une grand-mère revêche, des questions existentielles : si Dieu existait, croirait-il en elle ? Et pourquoi maman, qui ne croit pas en Dieu, l’invente-t-elle quand elle cherche une place de parking ? La narratrice a l’œil aiguisé : « Aux fêtes entre copains, maman sourit de ce sourire qui ne tient pas bien sur ses lèvres parce que ce n’est pas le sien. » Aucun pathos pour dire le drame, car les mots sont illusoires : « savoir le nom des océans n’a jamais empêché personne de se noyer. » Un sacré livre, dans lequel le verbe haut se fait chair tendre pour mieux dévoiler les lourds secrets d’une condition humaine, trop humaine, où chacun recherche son père véritable… Panthotal

24/05/2006

Ce qu'en dit Anne-Françoise de BEAUDRAP dans "Dimanche Express" (7 mai 2006)

"Dans les allées de la Foire du Livre ou dans certaines lectures publiques, il n'est pas rare d'entendre le nom de Julie Guerlan, auteur, chez Luc Pire, de "Première communion". Une invitation à voir le monde des grands avec les yeux curieux d'une petite fille."Ce matin, les Flamands ont oublié de fermer l'église après la messe. L'église est froide et elle sent bon. Elle sent un parfum délicieux que je n'ai jamais senti avant. Je crois que c'est Dieu qui sent comme ça. Dieu sent froid parce qu'Il est très haut dans le ciel et qu'il ne fait pas très chaud, là-haut. C'est pour ça que les Flamands mettent autant de bougies, pour Le réchauffer et Lui dire nous sommes là et nous veillons sur Toi, notre Dieu du Ciel". Qui ne se reconnaît pas dans ces impressions d'enfant quand il découvre l'intérieur d'une église? Qui n'est pas touché par la puissance des mots d'une petite fille qui devine intuitivement un sens à nos gestes d'adultes?Cette cène, comme autant d'autres aussi belles, se trouve au coeur de "Première communion", le roman de Julie Guerlan. L'auteur a plongé dans ses souvenirs d'enfance pour raconter les jeunes années d'une fille entourée d'une petite soeur, d'un papa, d'une maman et d'une grand-mère, dans le contexte des années 1968. Cette famille habite à proximité des Flamands, ce qui n'est pas une mince affaire pour le papa originaire de France et à peine accepté en Belgique. La narratrice raconte les aventures de chacun: la grand-mère concierge d'un immeuble, la maman adepte de Freud ("l'oncle Sigmund"), le papa qui reprend des études pour gravir l'échelle sociale, la petite soeur jalouse de tout ce qu'a son aînée et surtout l'héroïne qui essaie de décoder le monde des grands. Non seulement il n'est pas facile de trouver sa place dans la famille où elle n'a pas été désirée, mais cette petite fille déborde d'imagination, ce que ses parents ne supportent pas davantage. Alors quand elle commence à parler de Dieu...! Elle questionne d'abord Tante marie, une femme très pieuse qui prie pour les prisonniers. Puis, comme on l'a vu plus haut, elle entre par hasard dans une église. Progressivement, jusqu'à la fin du livre, elle se prépare à une rencontre intime avec Dieu.L'auteur Julie Guerlan confie qu'elle s'est beaucoup inspirée de ses souvenirs personnels, notamment de sa propre quête spirituelle, qui l'a poussée à lire Jean de la Croix. A travers ce premier roman et sans doute ceux qui vont suivre, elle veut transmettre un message: "Chacun peut trouver sa lumière intérieure. J'essaie de raconter comment, par la volonté, transformer la pierre en or." Faire passer ce message avec des mots d'enfant a porté ses fruits: de nombreux lecteurs l'ont félicitée pour leur avoir rappelé leurs propres souvenirs.L'auteur mesure aujourd'hui avec satisfaction le chemin parcouru: elle travaillait jusqu'à récemment comme scénariste, ce qui implique "d'avoir un tiroir-caisse dans la tête". "N'importe quelle phrase que l'on écrit est aussitôt chiffrée en fonction du coût de réalisation! Cela ne laisse pas beaucoup de liberté. " Avec courage, elle s'est lancée dans l'aventure romanesque pour aller jusqu'au bout de ses idées. "La Fureur de Lire" (par le biais d'un concours de nouvelles) puis les éditions Luc Pire ont été convaincues. Heureusement pour Julie Guerlan, et aussi pour les lecteurs! L'auteur travaille maintenant à son prochain roman, dont on ne saura rien. Il ne faut toutefois pas s'attendre à une suite de "Première communion"."

23/04/2006

Première communion, la nouvelle...

Avant d'être un roman de 232 pages, Première Communion fut une nouvelle, écrite pour le concours "La Fureur de Lire". Celle-ci s'est vue doublement primée, par la Communauté française d'une part, et d'autre part par la RTBF, qui en fit à l'époque une dramatique radio. Aujourd'hui, de nombreux lecteurs me contactent pour me demander à lire ce que je considère comme un embryon ou "une maquette" du roman lui-même. La nouvelle n'étant pas disponible (hormis sa publication, en son temps, dans "La Libre"), je profite de ce blog pour la mettre en ligne. Bonne lecture! Julie Guerlan

Première Communion (nouvelle)

1.Il a une longue robe mauve avec un petit chapeau rond comique. Il a des mains infiniment douces et des gants blancs comme de la neige. Mais il n’a pas de visage. Pas de bouche, pas de cheveux et pas d’oreilles. Pourtant, quand je monte sur ses genoux, il me parle, de sa voix grave et rassurante. Il me voit parfaitement et il m’entend très bien. Il devrait me faire peur, mais rien ne m’effraie dans ce vide serein entre le col de sa robe et le chapeau violet.Il connaît tout sur moi, et aussi sur papa et maman. Il sait que papa trompe maman, et que le chat Gaston n’aura jamais de petits, parce que c’est un mâle.Quand il parle il me dit tout.Et, quand il a fini de parler, il ajoute toujours, tout à la fin : -"Tu n’oublieras rien."Quand je me réveille, c’est le matin clair dans ma chambre. Il me conduit toujours jusqu’au matin clair. Jamais il ne m’a laissée au milieu de la nuit pleine de loups.Pourtant, chaque fois que je me réveille, j’ai oublié tout ce qu’il a dit. Ses paroles restent nichées comme des fruits de mer dans un coin sombre de ma tête, fermées comme des coquillages entre mes deux oreilles. C’est mon cœur qui bondit tout seul dans ma poitrine encore somnolente, mon cœur qui fait le poirier, la culbute, le double saut périlleux. Et mon cœur fou de joie claironne à tue-tête et en grand secret mon bonheur inouï : j’ai rêvé de Dieu.

 

2. Dans ma famille, on ne croit pas en Dieu. Quand je parle de Dieu, la grand-mère montre ses mains. La grand-mère est concierge dans un immeuble de riches. Ses mains sont déformées part le rhumatisme et brûlées par l’eau de Javel.La grand-mère vide les seaux d’eau sale, et retourne nettoyer l’escalier. Elle revient en essuyant la sueur de son front avant d’aller faire cuire les patates pour le dîner. La grand-mère n’aime pas ses jours. Avant la conciergerie, elle travaillait à l’usine et quand on lui parle de l’usine, la grand-mère montre ses mains, avec la cicatrice laissée par une machine vorace qui a voulu lui manger tous les doigts. Elle n’aime pas ses jours mais au cœur de chaque jour il y a une petite lumière qui scintille. Et cette lumière ne lui vient pas du ciel, comme celle des croyants, mais du fond de la terre : la grand-mère adore les patates.Son visage s’éclaire tous les jours à midi, quand elle extirpe de la casserole fumante des bintjes farineuses et grosses comme elle. Dans ma famille, ils adorent manger, et même maman qui essaie de maigrir s’étouffe en cachette avec des bintjes.Et grand-mère parle de ses mains, et maman de son régime comme d’autant de preuves de l’absence de Dieu.C’est sûrement à cause de leurs lunettes que ni maman, ni grand-mère ne peuvent voir Dieu qui est si près de nous. Dans leurs lunettes le monde est tout petit et tout tordu, il ondule quand on tourne la tête. C’est un monde bizarre de fourmi qui a le vertige.Sans leurs lunettes pourtant, maman et grand-mère ne voient rien. Elles sont complètement, complètement aveugles. Alors voilà : du vrai monde il ne leur reste qu’un univers tellement étroit que Dieu avec Sa Meilleure Volonté ne doit pas y être plus grand qu’un microbe, et un microbe c’est si petit que ça ne compte pas.C’est pour ça que la grand-mère parle toute seule à longueur de journée. C’est pour ça que maman pleure dans son lit avec les rideaux fermés quand papa la trompe.Parce qu’elles se croient vraiment toutes seules.

 

3. Papa n’aime pas Dieu à cause de son enfance d’enfant de chœur. Il garde à Son endroit une haine vive qui doit attrister Dieu au-delà de tout. Une haine déchirante comme les chardons, si douloureuse que papa a besoin de quelques litres d’alcool par jour pour la soigner.C’est papa qui m’a interdit de suivre le cours de religion. Papa dit que Dieu n’existe pas, parce que personne ne peut vivre dans le ciel, et encore moins y poser la première planche de sa maison. A la campagne un jour papa a pris des planches et il m’a montré qu’elles ne tiennent vraiment à rien quand on les pose sur rien.Papa dit que c’est la preuve la plus fameuse de la divine imposture.Un jour aussi papa m’a dit qu’il n’était pas mon papa, parce que maman l’avait trompé.Je me souviens du ciel et des murs gris ce jour-là, des arbres nus et les rues glacées, du monde entier devenu gris.J’ai eu envie de boucler ma valise et de partir à l’orphelinat. Bien sûr, je n’aurais pas abandonné mes parents, enfin, pas tout à fait. Je leur aurais envoyé un gentil orphelin bien solide et bien bâti, qui ne serait pas fatigué de naissance comme moi et qui aurait été ravi d’avoir enfin trouvé une famille.

 

4. C’est Pascale, ma meilleure amie, qui m’a appris la prière et qui me l’a écrite surun buvard rose. Notre Père, qui êtes aux Cieux.`J’ai caché le buvard dans une poche de mon cartable. Un souffle léger porte mes chevilles et en marchant je vole un peu. On n’est jamais vraiment orphelin. Du haut du ciel, Il veille sur nous, toujours. Pascale me l’a juré.Je déborde d’une gratitude immense. Maintenant, ça n’a plus d’importance si mes parents sont parfois un peu difficiles.Mon vrai père est dans le ciel.Pour mon vrai père dans le ciel, je ramasse tout ce qu’il y a de plus beau sur la Terre : des cailloux lisses, des tickets de cantine roses, et aussi des trèfles. Pour Lui je fais des dessins, j’invente des chansons, je collectionne les billes en plastique des cartouches d’encre vides. Pour lui je garde une multitude de billes transparentes entassées comme un trésor dans un pot de yaourt.Un jour je me suis dessinée, sur un tout petit papier. Je me suis dessinée avec un chignon, habillée de ma plus belle robe, la rouge, celle qui a un plastron à carreaux noirs et blancs.J’ai aussi dessiné mon grain de beauté sur le front, mes bras trop maigres et la cicatrice sur mon menton qui me rappelle toujours que je ne dois pas faire la sotte en grimpant sur des piles de chaises. J’ai caché mon dessin dans ma farde en attendant qu’on aille chez l’oncle Robert.

 

5. L’oncle Robert est le mari de la sœur de grand-mère, et il a un café qui s’appelle « le Colombophile », ce qui n’a rien à voir avec les colombes.C’est à cause des pigeons. Dans le café, les ouvriers de l’usine Volkswagen viennent boire de la bière en répétant à tout bout de champ que tout ça ne nous rendra pas le Congo. Le juke-box chromé clignote au rythme des chansons, reviens, fais-moi l’amour, des tas de petites lampes multicolores, parfois elles s’allument toutes en même temps, partons ensemble, et puis à la fin de la chanson elles s’éteignent en une seule fois, oh mon amour oublie-moi, oublie-moi.Dans le café il y a aussi mon cousin obèse qui peut manger toute une banane sans respirer et qui se souvient de toutes les blagues belges qu’il a entendues depuis qu’il est né. Il y a les joueurs de billard avec leurs derrières tout ronds dans lesquels on fonce sauvagement quand on veut leur faire manquer un coup. Puis il y a les toilettes dans la cour, avec un grand espace sous chaque porte pour troubler la paix de ceux qui se soulagent les viscères. Mais si je suis là aujourd’hui, c’est à cause des pigeons de l’oncle Robert.L’oncle Robert est un gros bonhomme de cent cinquante kilos avec un cigare éteint aux lèvres. On ne le voit presque jamais dans le café. Dans une remise à l’arrière, il parle à ses pigeons et il leur apprend à voler pour gagner les concours colombophiles. Il roucoule avec eux et leur offre des bagues, les adorant comme il aurait pu adorer les femmes si la sienne n’était pas si jalouse.A la veille des concours, l’oncle Robert glisse parfois dans la bague argentée un petit papier serré en fin rouleau, message énigmatique dont il se fait un plaisir de conserver le secret. Comme on est à quelques semaines d’un nouveau concours, je viens voir si l’oncle Robert a déjà choisi le nouveau Champion. Car chaque concours a son favori, et, quelques semaines avant l’épreuve, l’oncle Robert le gave de friandises et le flatte de ses trémolos les plus mélodieux, lui parlant pigeon avec plus de talent et d’habileté qu’un chat. Le favori est toujours baptisé « Champion », et c’est à la patte de Champion XII que l’oncle Robert accepte finalement, vaincu par l’hilarité générale, de glisser mon petit dessin roulé tout serré tout serré dans la bague argentée.Une enfant de six ans qui veut envoyer son portrait à Dieu, ça les fait rire comme une bonne blague.

 

6. Le jour officiel des communions approche à grands pas. Dans ma famille, on ne fait pas sa communion. Quand j’insiste pour faire ma communion, papa prétend que, tout ce que je veux, c’est recevoir des cadeaux. Je promets que je ne veux pas de cadeaux. Alors maman dit que ce doit être pour la robe blanche et longue avec des froufrous. Je ne veux pas de robe blanche à froufrous.Je veux seulement rencontrer Dieu.Quand je demande à Dieu de le rencontrer, j’obtiens le silence comme unique réponse. Un silence infini, un silence issu du cœur silencieux du monde.Oh Dieu meilleur que le chocolat, je te respire dans les bois mouillés, je te mange avec la colle à papier, Dieu au goût d’amande douce. Et, lorsque tant de douceur m’exaspère, je m’enfonce des cailloux dans les paumes des mains, Dieu de sang et de douleur, Dieu des larmes salées et du silence des suppliciés, je me fais mal sans crier puis le temps d’un battement de cils je cours à nouveau avec le lierre le long des murs, je grimpe de plus en plus haut, je m’étire vers le ciel pour finalement culbuter dans l’herbe, abandon retrouvé je me nourris de renoncules, fleurs de beurre et beurre tendre du matin dans l’alcool des rosées, je pose ma tête sur le sol, épaule infinie de Dieu.Je mange le monde pour Te goûter dans Ta chair.Je mange ce qui ne se mange pas, beurre de cacao et pâte dentifrice, pour Te surprendre là où Tu ne m’attends pas et savourer un peu de Ta présence, te voler un peu de terre de ma patrie. Comme un affamé de pain chaud, un assoiffé d’eau fraîche, je suis avide de Toi.La tante de Pascale m’a donné un chapelet en plastique blanc et elle m’a un peu raconté Ta vie. Elle m’a dit qu’en priant beaucoup, je rentrerais dans Ta maison.Mon vrai père qui est aux cieux, avec une maison qui tient toute seule dans les nuages…

 

7. La grand-mère a fait un dîner chaud ce soir-là. C’est en mastiquant la viande que quelque chose de très dur vient soudain heurter ma dent. Saisie, je recrache tout dans mon assiette.C’est un plomb. La chair que j’ai gardée en bouche prend aussitôt la saveur douce-amère du chagrin. Si tendre dans ma bouche, la chair de Champion XII. Dans ma bouche qui a tant prié pour lui.Je ne sais qui haïr le plus : l’oncle Robert, avec sa triste manie des crimes passionnels, ou ma sournoise grand-mère, qui m’a rôti mon divin messager avec des pommes au four.Dans ma famille, personne ne m’a jamais parlé de la charité chrétienne, et encore moins du pardon. Et c’est sans une ombre de culpabilité que j’envoie par dessous la table un énorme coup de pied dans les varices de la grand-mère. Qui ne l’a vraiment pas volé.

 

8. C’est la veille du jour des communions que le drame éclate : le chapelet en plastique blanc et le buvard rose avec la prière ont disparu. Je suis bègue, cul-de-jatte, aveugle et sourde. Je ne peux plus prier. Je touche ma solitude, je la déteste, je me prends en patience, je m’impatiente.A mes cris nul ne répond. Papa a une tête de loup et maman une figure de renard. Ils disent tous les deux que personne n’a touché à mes affaires, que je n’ai qu’à mieux ranger ma chambre. Innocence de loup et honnêteté de renard, je les renifle en louchant. Pour ce qui est de la grand-mère, un œil de patate s’est définitivement logé dans son cerveau : hier, en l’aidant à sortir les poubelles dans la cour, j’ai été assaillie par une vague de coccinelles qui mangeaient des pelures de pomme sur le tas d’immondices. Par dizaines, les bêtes à bon Dieu sont venues embrasser mon visage, mes cheveux, mes bras et mes jambes. Comme j’étais saisie par leur profusion et par l’odeur forte qu’elles dégageaient toutes ensemble, la grand-mère a dit, en riant grassement, que mon bon Dieu ne devait pas se laver très souvent pour sentir comme ça.C’est pour ça que je ne lui parle plus.Et en pensée je leur dit à tous : que le vent emporte votre toit et qu’il pleuve sur vos têtes, que la foudre vous brûle les yeux et que le tonnerre vous crève les tympans. A cause de vous, je ne rencontrerai pas Dieu. Jamais.A cause de vous j’ai perdu la prière qui est la clef de Sa maison, et je mourrai de froid sans qu’il le sache, car il ne sait même pas à quoi je ressemble. Et comment peut-Il se souvenir que quelqu’un qu’il ne connaît même pas existe ?Pourtant, malgré ma tristesse et ma colère, une petite flamme joyeuse brûle en secret dans mon cœur. Parce que c’est sur moi que les coccinelles se sont posées, et que ma petite âme frétillante y voit un signe invisible à l’œil nu.

 

9. Le dimanche, jour officiel des communions, il ne m’est rien arrivé. Ce qui m’est arrivé m’est arrivé le lundi.Ce qui m’est arrivé ne se voit pas et ne peut pas se toucher.Ce qui m’est arrivé m’est arrivé dans le plus grand secret de mon cœur.De mon cœur qui avait cessé d’espérer qu’il lui arrive quoi que ce soit.Les gens riches de l’immeuble de grand-mère ont fêté un baptême et la grand-mère a reçu quelques dragées emballées dans un carré de tulle blanc. Je le demande à la grand-mère parce qu’il me fait penser à un voile de communiante. Pourtant le toucher immédiat me déçoit : le tulle qui semble si doux et si léger sur les photos est rêche et empesé, il égratigne presque la peau un peu triste de ma joue. Mais la grand-mère m’arrache brutalement à ma rêverie, on doit sortir faire une course, allez, dépêche-toi, tu ne vas quand même pas prendre cette loque avec toi, bon allez, on y va vite !Je me souviens : il pleuvine et la grand-mère a recouvert ses cheveux permanentés d’un plastique transparent qui se noue sous le menton avec une cordelette, un de ces trucs de mémé comme elle en a plein.L’imitant, je pose sur ma tête mon carré de tulle et je décide pour jouer que je suis une communiante. La grand-mère qui n’a pas le temps de jouer continue à marcher trop vite, tirant sur mon bras jusqu’à l’arracher. Je voudrais lui demander d’aller moins vite, lui dire qu’elle est toujours trop pressée, mais mes yeux clignent et je ne trouve plus mes mots. J’ai l’impression que le ciel devient plus clair. Ce sont les nuages qui font une fenêtre dans le ciel pour laisser passer le soleil. La grand-mère qui galope de plus belle ne voit pas l’éclaircie, et elle ne sent pas qu’au bout de mon bras, tout près de l’aisselle, une lumière chaude et douce comme du miel coule lentement ses laves dans ma poitrine un peu suffocante. Je reste bouche bée.Ce qui m’arrive ne peut pas se voir ni se toucher. Ce qui m’arrive peut à peine se dire. A tout hasard je dirais : Dieu entre dans la maison de mon cœur et y construit Sa maison.Ca fait un petit chamboulement, un petit branle-bas le combat qui vous coupe le souffle et les jambes pendant quelques secondes et puis d’un seul coup ça vous entraîne avec une force incroyable bien au-delà de vous-même.C’est moi à présent qui oblige la grand-mère à courir, à se dépêcher, à me suivre dans ma course folle vers Dieu, vers Celui qui accepte de venir me rencontrer à si vive allure.Sous le tissu quelconque de ma bête robe de tous les jours, j’ai un cœur tout neuf, un cœur bruyant comme un pétard, flamboyant comme une étoile filante.-Qu’est-ce que tu fais, sotte fille ? Pourquoi tu ris comme ça ? Il ne faut pas toujours répondre aux questions des grandes personnes. J’accélère la cadence et la grand-mère à bout de souffle se met brusquement à rire avec moi, à rire de bon cœur, avec son plastique imperméable à la pluie mais qui laisse aujourd’hui passer à son insu un petit peu de Dieu.La pluie fine a cessé, et les oiseaux qui ont retrouvé leur joie se remettent à chanter. Maintenant, les prières ne doivent plus s’écrire sur un buvard : elles se disent toutes seules, à grands coups de vent dans le feuillage des arbres complices. Maintenant les chapelets s’égrènent avec les notes allègres du refrain des moineaux.C’est plein soleil, Dieu m’a donné une fête pour moi seule.Et, très haut dans le ciel, une nuée d’oiseaux prend son envol. Je souris parce que je sais que c’est la famille des frères Champion, Champion XII en tête, qui reviennent du paradis pour gagner le prochain concours colombophile, et en mettre plein la vue à l’oncle Robert !

26/02/2006

"PREMIERE COMMUNION" en feuilleton dans " Vers l'Avenir"

Le groupe de presse" Vers l'Avenir " (10 éditions, de Tournai à Verviers),120.944 exemplaires quotidiens,publie actuellement (février 2006) en feuilleton, " Première Communion" touchant ainsi (données CIM) pas moins de 408.400 lecteurs.

03/01/2006

"PREMIERS ROMANS", le 19/01 au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles

Dans le cadre des activités du Rideau de Bruxelles et des “JEUDIS LIRE" (de 12h30 à 13h30 au Palais des Beaux-Arts), la conférence de ce19 janvier (Petit Théâtre - Entrée libre) sera consacrée aux “ Premiers romans “. Avec :JULIE GUERLAN ,Première communion (Le Grand Miroir)MARIANNE SLUSZNY ,Toi, Cécile Kovalsky (La Différence)MARIE-EVE STENUIT ,Les frères Y (Castor Astral)Trois nouvelles voix féminines dans notre paysage littéraire, ça se fête ! Ce qui caractérise cet arrivage de premiers romans, c'est la diversité. Marie-Eve Stenuit nous offre un texte tendre et drôle sur un sujet à priori très difficile à traiter, celui de frères siamois italiens exposés aux quatre coins du monde. . Tonalité beaucoup plus sombre chez Marianne Sluszny dont la narratrice interroge son passé familial à l'aune d'une mort à venir.

18/12/2005

REVUE DE PRESSE :ce qu'en dit Laurence VANPAESCHEN (" LE CARNET et LES INSTANTS")

LE MONDE SANS LUNETTES ./ "Les mots prononcés par la petite fille au centre de Première communion, premier roman de Julie Guerlan, ont un parfum de madeleine. Ils nous renvoient avec une justesse terrible à ce moment de l'enfance où on perçoit si fort toute l'étrangeté et toute la cruauté du monde des adultes, où on se donne et où on aime de façon inconditionnelle, où on se révolte et où on souffre avec une intensité à couper le souffle, où on invente comme jamais plus on arrivera à le faire, et où cette profondeur cristalline ne reçoit souvent en retour que la totale incompréhension de ceux qui ont oublié ce qu'on sait si bien à six ou sept ans.La petite narratrice est si vraie, si proche qu'elle fait parfois mal, tant sa grande petite vie se confond avec nos souvenirs. "Je vois le monde comme un enfant voit le monde, c'est-à-dire qu'il n'y a rien entre le monde et moi pour m'empêcher de le voir."Elle vit dans une famille ni pire ni meilleure que la plupart des autres, une classe moyenne du milieu des années 60, des origines mêlées, flamande, wallonne et française, comme si souvent en Belgique. Des parents qui ont voulu vivre mieux que les leurs, paysans et ouvriers, et ont donc fait "des études", qui ne savent pas comment donner l'amour qu'ils n'ont pas reçu, qui cherchent un sens à leur vie entre le conformisme, le saindoux et les coups de leur éducation, et un pauvre semblant de rébellion soixante-huitarde fait de retour à la campagne avec frictions sans savon dans la rosée du matin, de riz complet, d'amour libre raté et d'interprétations freudiennes à trois sous du mal-être d'une enfant qui cherche à s'inventer du bonheur. Une enfant qui voudrait bien grandir mais sans devenir adulte parce que les "adultes s'ennuient même quand il y a Zorro à la télé".Elle est terrible, cette grand-mère qui ne sait que le malheur, celui de l'usine à quatorze ans, celui du mari mort à la guerre, celui du fils mort de la polio, ce malheur qu'elle veut faire payer à sa fille en lui promettant de chasser tous les fiancés pour qu'elle ne soit jamais heureuse et en passant sa maison à l'eau de Javel pour nettoyer sa sale vie.Il est terrible, ce père qu'une enfance martyrisée a rendu un peu schizophrénique, qui oscille entre poète bonhomme qui fait des blagues et joue de la guitare, et bourreau en herbe qui joue à noyer sa fille le dimanche à la piscine en promettant chaque fois qu'il ne recommencera plus."Papa est un bon chien qui se transforme parfois en loup furieux."Elle est terrible cette mère qui n'arrive pas à s'inventer une autre vie que celle que sa propre mère lui a assenée à coups d'humiliations, qui est triste, grise et macrobiotique quand sa fille la voudrait joyeuse, fardée et gâteau à la crème, qui ne perçoit rien de l'amour immodéré de son enfant et s'en débarrasse à coups de gifles, de file-dans-ta-chambre-au-lit et de neuroleptiques. "Moi, je crois qu'elle m'envoie au lit pour essayer que je meure, parce qu'elle en a marre que je sois dans ses pieds. Et c'est parce que je ne veux pas mourir qu'elle me donne du sirop calmant, une cuillère et puis deux et puis trois, et puis encore une chaque fois que je me lève."Puis tente de recoller sa vie, son couple et sa famille en lambeaux en lisant Freud. "L'oncle Sigmund est ma bête noire. Il fouille sans se gêner avec ses gros doigts dans notre inconscient comme d'autres tripotent dans leurs narines."Pour échapper à ce monde étroit, la petite s'en invente un, un beau, un doux, avec Serge son amoureux qui ne lui lâchera jamais la main et à qui elle donne tout ce qu'il veut, un baiser, un oeil, une fesse. Mais les adultes font fuir Serge, en la menaçant de l'enfermer dans une cage comme une folle qu'elle est puisqu'elle parle toute seule. Alors elle s'invente la vie qu'ils veulent, celle qui ne leur casse pas les oreilles, eux qui ont perdu leurs ailes en même temps que leurs rêves. "Je trouve une vie qui évite le mot inutile, une vie qui ne fatigue pas la salade, une vie qui ne salit pas sa robe et qui respire à peine." Et pour protéger ce qu'elle sait si précieux, elle ne mange plus, parce qu'alors "je cesse de grandir, et l'enfance en moi ne risque plus rien".Un livre à lire, pour se souvenir et ne pas reproduire. Et parce qu'il est beau, tout simplement." Laurence VANPAESCHEN, dans " LE CARNET et LES INSTANTS", décembre 2005

04/12/2005

Réécouter Julie GUERLAN à "La Libraire francophone " (radios francophones publiques )

Julie GUERLAN était, le 18 décembre, l’invitée radio de “ La Librairie francophone” . Vous pouvez réécouter l'émission en tapant l'URL :http://www.radiofrance.fr/chaines/france-inter01/emissions/librairie/ La Libraire francophone est une émission culturelle et littéraire, assez innovante, coproduite et diffusée par les radios francophones publiques : Radio Canada, la RTBF en Belgique, la Radio Suisse Romande et France Inter qui réalise l'émission.L'objectif est de mettre en valeur des auteurs, découvrir des talents, « sentir » les cultures, donner une place à la défense de la langue française, sortir du bain littéraire et donner à entendre des histoires, des valeurs humaines, de l'inattendu et de l'émotion. Il s'agit aussi de favoriser l'interaction entre le producteur Emmanuel Khérad, les auteurs invités et 4 libraires en duplex des 4 pays. Toutes les semaines, les libraires donnent leurs coups de cœur mais évoquent aussi les livres dont on parle ainsi que Les flops injustes et les oubliés. La Librairie Francophone s'adresse au grand public et veut séduire les auditeurs novices dans le domaine littéraire, ceux qui ne sont pas amateurs d'émissions littéraires. La richesse de cette émission "unique dans l'histoire de la radio " émane de la culture au sens large et de la vie littéraire contemporaine. Elle est alimentée par la complémentarité de chaque radio et intègre les spécificités culturelles du Canada, de la Suisse, de la Belgique et de la France.

03/12/2005

REVUE DE PRESSE : ce qu'en dit Sandrine MOSSIAT (" Kiosque" )

LIVRE CHOCO KWATA RECONFORT. "Des livres, il en sort tellement! Celui de Julie Guerlan ne risque pas de laisser indifférents les Bruxellois ayant vécu la Belgique d'après soixante-huit, mais aussi tous ceux qui un jour furent enfants. Si, au récit de cette petite fille qui se sent encombrante, l'on croit parfois entendre résonner les pas de Toto le Héros ou les songes d' Amélie Poulain, déambulant du rond-point Churchill au parc Duden et bivouaquant à l'occasion chez le glacier Zizi, très vite le style de l'auteur, véritable brodrerie de mots qui rebondissent les uns sur les autres, fait mouche. Comment faire rire une maman dont le sourire s'écaille souvent jusqu'aux larmes? Comment survivre à une petite soeur qui se tartine de la margarine sur deux centimètres d'épaisseur et adore en rajouter une couche? Condensé de poésie du quotidien, chant d'amour et de désespoir, hymne à la première personne en devenir... Si l'écriture est un mode cathartique, Première Communion chamboule et fait immanquablement vibrer les coeurs offrant par là même au lecteur sa propre gracieuse thérapie, gracieuse dans les deux sens du terme." ("Kiosque"- décembre 2005)

REVUE DE PRESSE : ce qu'en dit Jacques FRANCK ( " La Libre" )

"Ce premier roman d'une scénariste de formation, née en 1964, est issu d'une nouvelle primée par le concours "Fureur de Lire". Il a retenu l'attention des responsables du Grand Miroir re-né au sein des éditions Luc Pire, pour son caractère "savoureux, intelligent et accessible". De quoi s'agit-il? D'une petite fille dans une famille bruxelloise d'après mai 68 qui, comme dans toute enfance, dit Julie Guerlan, "entre deux sucreries", a ses trous au coeur: pourquoi sa souriante maman est-elle parfois au bord des larmes? Quelles sont parfois ces étincelles sombres dans les yeux de son papa farceur? Pourquoi Dieu s'invite-t-Il dans les rêves d'une enfant dont la famille n'est pas croyante? Bref, comment une petite fille devient-elle adulte, avec des envies de mourir mais aussi d'un pudding au chocolat pour son quatre heures? Quelques longueurs n'occultent pas de réels bonheurs d'observation et d'écriture, ni ce regard décalé qui a valu à Julie Guerlan le prix Laurent de Graeve, proclamé à l'ouverture de le dernière Foire du livre au Centre culturel d'Uccle." ("La Libre".02/12/05)

28/11/2005

REVUE DE PRESSE : ce qu'en dit RADIO NOSTALGIE

L’AVIS DE Brice DEPASSE (Radio NOSTALGIE-http://lireestunplaisir.skynetblogs.be) /" La Belge Julie Guerlan publie au Grand Miroir une jolie et tendre histoire, celle d'une petite fille qui voudrait faire sa première communion. Mais les choses ne sont pas si simples dans le Bruxelles post '68. La petite fille raconte. Adorable, attachant et très bien écrit."